Barry fi bali*
En plus d'être un auteur compositeur talentueux, Barry est un homme attachant, qui trace sa route comme si de rien n'était. Décontracté et simple, face à une évidence : il est né pour faire de la musique. La fin d'après midi est studieuse à Sigma technologie, société de production musicale et audiovisuelle où Barry enregistre son premier album. La cafétéria est prise d'assaut par des employés au style décontracté et quelques costumes cravates en attente d'une réunion d'affaires.
On peut même y croiser Nourredine Lakhmari, le réalisateur marocain, venu présenter des publicités qu'il vient de tourner. Mais point de Barry.
Rendez-vous a été fixé à 15h30 au studio, Barry débarque enfin à 16h00, les mains chargées de pieds de batterie, suivi de techniciens qui portent le reste du matériel.
Egal à lui-même, Barry s'excuse, sincèrement confus, mais toujours souriant comme à son habitude: "Désolé, mais on galère depuis ce matin pour récupérer cette batterie. On a même dû l'emprunter au boss de Sigma. Il est batteur". C'est aussi ça, la vie d'un musicien au Maroc, courir à droite et à gauche après son outil de travail. "C'est comme ça ici, on est tellement pauvres qu'on a que deux couleurs sur notre drapeau" plaisante Barry avant de filer décharger le reste du matériel.
C'est ici même, dans les studios de Sigma, que sont nés le single et les images futuristes de "Dear Mama", un petit bijou artistique et technologique dans le paysage aride et sans imagination des clips marocains et moyen-orientaux: "Adil Benkirane m'avait vu sur scène à Essaouira en 2004. Il a aimé ce que je faisais et m'a proposé un duo avec Oum" explique Barry très affairé. Il manque encore un trépied, il file le chercher entre deux nouvelles excuses confuses.
Barry, Oum et Adil Benkirane se sont donc rencontrés par hasard, mais la collaboration entre les trois protagonistes perdure et porte aujourd'hui ses fruits. Parallèlement à son album, Barry a composé plusieurs morceaux du futur CD de Oum. Quant à lui, il est dans l'ultime ligne droite, il est là pour apporter les dernières retouches à son opus, annoncé pour la fin de l'année : "Je n'ai pas encore fixé le titre. J'hésite entre "Sleepin' system (A)", un morceau sur la drogue et "Chkoune n'touma" inspiré des kamikazes du 16 mai".
L'album de fusion s'annonce âpre, les mots sont simples et directs, "On a inventé le zéro et nous y sommes restés" y chante Barry sur le morceau "Hchouma Al Arab". "Maticha", popularisé par la scène puis par la compilation Stoune 1, soulignait déjà son don pour la frappe franche. à partir d'un simple légume, il avait fait un résumé de la situation économique du Maroc. "Les Marocains ont tous une histoire d'amour avec la tomate. Cela commence même avec la harira" explique en plaisantant Barry, avant de disparaître à nouveau.
Naissance d'un style
Le souci de Barry pour les thèmes abordés (en phase avec la société) et sa sensibilité aux mots se développent durant son adolescence. Barry a grandi à Derb Moulay Chérif, entre le cinéma Saâda et le centre de détention secret. Là bas, il perpétue une tradition du quartier en écoutant les halkate près de la kissaria. Son grand père en rajoute une couche en lui récitant des poèmes de sa région d'origine, M'hamid Al Ghizlane. "Boujmii était un ami de mon père. Il venait souvent à la maison Je suis trop jeune pour me souvenir de ses visites, mais en écoutant les Nass El Ghiwane plus tard, j'ai reconnu certains des poèmes que nous récitait mon grand-père".
Mais, autres temps autres styles, Barry, qui écrit ses premiers textes à 14 ans, commence à décliner ses paroles sur du rap. Nous sommes à la fin des années 80, Barry smurfe et breake dans les rares jardins de son quartier. Il écoute à l'époque Africa Bambataa et Public Enemy. Il se cherche encore, à cheval entre les messages peace and love sauce hip hop du père de la Zulu Nation et les textes très énervés et revendicatifs du groupe new-yorkais.
En 1994, Barry passe à l'acte en fondant les Casa Muslims, le premier groupe marocain rappant en darija. Les répétitions se font longues et les premiers concerts n'auront lieu qu'en 1997 dans des maisons de la culture. Les Casa Muslims splitent. Barry rebondit au sein d'une nouvelle formation : Barry and the Survivors. Difficile à croire, mais Barry, le zen personnifié, se lance dans le hardcore, avec pour influence principale les Rage Against The Machine. Sa façon de composer est déjà la même à cette époque. Il écrit les textes en premier lieu, puis fredonne la mélodie.
Sérial compositeur, Barry a toujours une guitare à portée de mains, même au réveil. Il s'investit de plus en plus dans la musique, ce qui n'est pas du goût de ses parents qui préféreraient le voir poursuivre ses études. Lui, préfère perpétuer l'héritage familial, même si le virus musical a sauté deux générations avant de frapper Barry : "Mon arrière-grand-mère était une célèbre chanteuse dans notre tribu d'origine" explique-t-il.
Sur les traces de son père
Ses parents deviennent plus conciliants quand la carrière de ce dernier prend forme. Ainsi, Barry and the Survivors remporte le prix du public et du jury au Boulevard des Jeunes Musiciens en 2001. Mais malgré cette première reconnaissance, le groupe ne tarde pas à se séparer amicalement pour des questions de divergences musicales. "Je voulais faire un autre type de musique à base de fusion entre ragga muffin, reggae et musique marocaine" explique Barry.
Cette fois, c'est la culture musicale de son père qui arrive à maturation. Barry a découvert pendant l'adolescence Bob Marley, Frank Zappa ou Santana, grâce à de vieilles cassettes de son paternel: "Ils avaient les 33 tours de tous ces chanteurs, mais notre vieux tourne-disque était en panne" , raconte t-il en riant. Son père lui a aussi légué son nom de scène: "Mon père a étudié à la Ferme blanche avec les Français. Il était incapable de prononcer son nom de famille correctement. Dans leur bouche, Bahri se transformait en Barry". Il hérite aussi de son père l'amour du football.
Sur les traces de son paternel, ancien sociétaire du TAS, Barry joue ailier droit pour les minimes et cadets de l'équipe mythique des Carrières centrales. Aujourd'hui, il remet souvent les pieds dans le quartier pour les traditionnelles visites familiales, mais gagne suffisamment sa vie pour voler de ses propres ailes. Barry partage un appartement avec un ami dans un immeuble historique de Casablanca, construit dans les années 30 par Marius Boyer, célèbre architecte du temps du protectorat. "Le bâtiment est magnifique et proche de beaucoup de mes souvenirs. Je suis à côté du stade Phillip où a joué mon père et à quelques pas du complexe culturel de Sidi Belyout où j'ai donné mes premiers concerts. Et surtout près des taxis blancs du Hay Mohammadi". Ses racines sont à portée de main, accessibles pour 3 dirhams à peine...
*Barry on my mind
En plus d'être un auteur compositeur talentueux, Barry est un homme attachant, qui trace sa route comme si de rien n'était. Décontracté et simple, face à une évidence : il est né pour faire de la musique. La fin d'après midi est studieuse à Sigma technologie, société de production musicale et audiovisuelle où Barry enregistre son premier album. La cafétéria est prise d'assaut par des employés au style décontracté et quelques costumes cravates en attente d'une réunion d'affaires.
On peut même y croiser Nourredine Lakhmari, le réalisateur marocain, venu présenter des publicités qu'il vient de tourner. Mais point de Barry.
Rendez-vous a été fixé à 15h30 au studio, Barry débarque enfin à 16h00, les mains chargées de pieds de batterie, suivi de techniciens qui portent le reste du matériel.
Egal à lui-même, Barry s'excuse, sincèrement confus, mais toujours souriant comme à son habitude: "Désolé, mais on galère depuis ce matin pour récupérer cette batterie. On a même dû l'emprunter au boss de Sigma. Il est batteur". C'est aussi ça, la vie d'un musicien au Maroc, courir à droite et à gauche après son outil de travail. "C'est comme ça ici, on est tellement pauvres qu'on a que deux couleurs sur notre drapeau" plaisante Barry avant de filer décharger le reste du matériel.
C'est ici même, dans les studios de Sigma, que sont nés le single et les images futuristes de "Dear Mama", un petit bijou artistique et technologique dans le paysage aride et sans imagination des clips marocains et moyen-orientaux: "Adil Benkirane m'avait vu sur scène à Essaouira en 2004. Il a aimé ce que je faisais et m'a proposé un duo avec Oum" explique Barry très affairé. Il manque encore un trépied, il file le chercher entre deux nouvelles excuses confuses.
Barry, Oum et Adil Benkirane se sont donc rencontrés par hasard, mais la collaboration entre les trois protagonistes perdure et porte aujourd'hui ses fruits. Parallèlement à son album, Barry a composé plusieurs morceaux du futur CD de Oum. Quant à lui, il est dans l'ultime ligne droite, il est là pour apporter les dernières retouches à son opus, annoncé pour la fin de l'année : "Je n'ai pas encore fixé le titre. J'hésite entre "Sleepin' system (A)", un morceau sur la drogue et "Chkoune n'touma" inspiré des kamikazes du 16 mai".
L'album de fusion s'annonce âpre, les mots sont simples et directs, "On a inventé le zéro et nous y sommes restés" y chante Barry sur le morceau "Hchouma Al Arab". "Maticha", popularisé par la scène puis par la compilation Stoune 1, soulignait déjà son don pour la frappe franche. à partir d'un simple légume, il avait fait un résumé de la situation économique du Maroc. "Les Marocains ont tous une histoire d'amour avec la tomate. Cela commence même avec la harira" explique en plaisantant Barry, avant de disparaître à nouveau.
Naissance d'un style
Le souci de Barry pour les thèmes abordés (en phase avec la société) et sa sensibilité aux mots se développent durant son adolescence. Barry a grandi à Derb Moulay Chérif, entre le cinéma Saâda et le centre de détention secret. Là bas, il perpétue une tradition du quartier en écoutant les halkate près de la kissaria. Son grand père en rajoute une couche en lui récitant des poèmes de sa région d'origine, M'hamid Al Ghizlane. "Boujmii était un ami de mon père. Il venait souvent à la maison Je suis trop jeune pour me souvenir de ses visites, mais en écoutant les Nass El Ghiwane plus tard, j'ai reconnu certains des poèmes que nous récitait mon grand-père".
Mais, autres temps autres styles, Barry, qui écrit ses premiers textes à 14 ans, commence à décliner ses paroles sur du rap. Nous sommes à la fin des années 80, Barry smurfe et breake dans les rares jardins de son quartier. Il écoute à l'époque Africa Bambataa et Public Enemy. Il se cherche encore, à cheval entre les messages peace and love sauce hip hop du père de la Zulu Nation et les textes très énervés et revendicatifs du groupe new-yorkais.
En 1994, Barry passe à l'acte en fondant les Casa Muslims, le premier groupe marocain rappant en darija. Les répétitions se font longues et les premiers concerts n'auront lieu qu'en 1997 dans des maisons de la culture. Les Casa Muslims splitent. Barry rebondit au sein d'une nouvelle formation : Barry and the Survivors. Difficile à croire, mais Barry, le zen personnifié, se lance dans le hardcore, avec pour influence principale les Rage Against The Machine. Sa façon de composer est déjà la même à cette époque. Il écrit les textes en premier lieu, puis fredonne la mélodie.
Sérial compositeur, Barry a toujours une guitare à portée de mains, même au réveil. Il s'investit de plus en plus dans la musique, ce qui n'est pas du goût de ses parents qui préféreraient le voir poursuivre ses études. Lui, préfère perpétuer l'héritage familial, même si le virus musical a sauté deux générations avant de frapper Barry : "Mon arrière-grand-mère était une célèbre chanteuse dans notre tribu d'origine" explique-t-il.
Sur les traces de son père
Ses parents deviennent plus conciliants quand la carrière de ce dernier prend forme. Ainsi, Barry and the Survivors remporte le prix du public et du jury au Boulevard des Jeunes Musiciens en 2001. Mais malgré cette première reconnaissance, le groupe ne tarde pas à se séparer amicalement pour des questions de divergences musicales. "Je voulais faire un autre type de musique à base de fusion entre ragga muffin, reggae et musique marocaine" explique Barry.
Cette fois, c'est la culture musicale de son père qui arrive à maturation. Barry a découvert pendant l'adolescence Bob Marley, Frank Zappa ou Santana, grâce à de vieilles cassettes de son paternel: "Ils avaient les 33 tours de tous ces chanteurs, mais notre vieux tourne-disque était en panne" , raconte t-il en riant. Son père lui a aussi légué son nom de scène: "Mon père a étudié à la Ferme blanche avec les Français. Il était incapable de prononcer son nom de famille correctement. Dans leur bouche, Bahri se transformait en Barry". Il hérite aussi de son père l'amour du football.
Sur les traces de son paternel, ancien sociétaire du TAS, Barry joue ailier droit pour les minimes et cadets de l'équipe mythique des Carrières centrales. Aujourd'hui, il remet souvent les pieds dans le quartier pour les traditionnelles visites familiales, mais gagne suffisamment sa vie pour voler de ses propres ailes. Barry partage un appartement avec un ami dans un immeuble historique de Casablanca, construit dans les années 30 par Marius Boyer, célèbre architecte du temps du protectorat. "Le bâtiment est magnifique et proche de beaucoup de mes souvenirs. Je suis à côté du stade Phillip où a joué mon père et à quelques pas du complexe culturel de Sidi Belyout où j'ai donné mes premiers concerts. Et surtout près des taxis blancs du Hay Mohammadi". Ses racines sont à portée de main, accessibles pour 3 dirhams à peine...
*Barry on my mind
